Depuis des mois, ils notent dans des carnets : heure de sortie, durée, nature (fartleck, fractionné, sortie longue…) , D+, D-, Météo… avec le souci du détail…

Depuis des mois, ils enregistrent les sensations, les doutes « me sens bien », ou « sortie pourrie » « suis largué, à la rue… » et toutes les variantes !!!  « Vais pas y arriver… »

Depuis des mois, ils se lèvent tôt le dimanche, au grand dam des grasse mat’ sensuelles !

Depuis des mois, certains extrémistes font suer leur moitié et la tribu familiale sur le thème « ah non ce soir pas de viande… J’aimerais bien manger des pâtes plutôt, demain j’ai sortie longue… »

Depuis des mois, ils rentraient le dimanche midi en grognant : « Purée, j’avais pas de jambes, c’est dingue !!! »

Depuis des mois, ils tentaient d’intéresser leur moitié et racontaient cet entrainement pourri du matin. Et la moitié se disait « quand je pense qu’on a mangé 5 fois des pâtes cette semaine !!! »

Depuis des mois… ils avaient ce 5 avril dans la tête. Partout dans le monde, ils avaient ce 5 avril dans la tête.

Certains avaient mis des sous de côté depuis longtemps, d’autres misaient sur ce marathon pour franchir 30 ans, 40 ans, 50 ans, 60 ans ou 70 ans comme Philippe que j’ai accompagné il y a quelques années. Certains misaient sur ce marathon juste pour se dépasser…

Tous ces marathoniens qui rêvaient de Paris, du Marathon de Paris.  Cette mythique course : le Marathon, dans la plus belle ville du monde.

Ce soir, 50 000 hommes et femmes sont frustrés.

Et tous ces hommes et ces femmes ont passé le marathon… chez eux.

Et en restant chez eux, ils participent à l’effort collectif. Ils ne luttent pas contre eux, contre la montre, mais contre un ennemi bien plus pervers : invisible il est partout, invisible il nous talonne, invisible il est plus fort que nous… soyons humbles, soyons forts en restant chez nous.

Alors ce soir, à ces 50 000 héros, j’adresse le texte écrit après un de mes 13 « Paris ».

MARATHONIEN

 

  • Coureurs en grappes ou en hordes
  • Ces mondes roulent la Concorde
  • La file est indienne à la Bastille
  • Passent les hommes et les filles

 

  • La houle du bois de Vincennes
  • La foule sur les bords de Seine
  • Plus d’hommes, plus de femmes
  • Des corps et des bleus à l’âme

 

  • Des bleus aux corps en route
  • Au corps à corps avec le doute
  • Ce ne sont plus des femmes à Boulogne
  • Mais des coeurs qui bastonnent

 

  • Ce ne sont plus des hommes dans ce bois
  • Qui progressent pas à pas
  • De ce balancement docile et mesuré
  • Pour certains malhabile et apeuré

 

  • Ce ne sont plus ni hommes ni femmes
  • Ils n’ont plus d’états d’âme
  • Ils n’ont plus qu’une certitude
  • Ne veulent plus que la solitude

 

  • De cette 42è ligne
  • Un seul aura de l’or digne
  • Mais tous ont un trésor
  • Car tous sont errants

 

  • Et 42195 mêtres plus loin gagnants

 

  • Chaque homme à son heure
  • Devient son propre vainqueur
  • Homme sans podium
  • Bonheur de ce pensum

 

  • Ton nom est dans l’histoire
  • Bien plus loin que la gloire
  • Ce bonheur t’appartient
  • D’être à jamais marathonien

 

  • Anonyme.

 

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