Vous avez aimé “place aux jeunes”, vous allez adorer “Corona, c’est parties !”

“La connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables”. Charles Nicolle, Destin des maladies infectieuses, 1939.

Vous avez lu « Place aux Jeunes ! », et peut être vous êtes-vous dit « Tout ça, c’est bien gentil ! …mais qu’est-ce qu’il propose ? » ; eh bien justement !

Pour protéger les personnes à risque et le système de santé, la suite logique de « Place aux Jeunes ! », est une solution rationnelle, rapide, efficace, peu coûteuse, voire rentable par rapport à la stratégie qui semble se préparer (tester toute la population, déconfinement progressif…quand il aura lieu, port de masque pour l’ensemble de la population, poursuite de mesures barrières drastiques, surveillance par drones, « tracking » électronique, lois d’exception, etc. et ce pendant des mois, voire jusqu’à la disponibilité d’un vaccin efficace…).

Une solution qui donne enfin toute leur « Place aux Jeunes » !

La vague des premiers infectés est en voie de contrôle et les personnes à risque n’étant plus exposées, il est donc temps désormais d’envisager pour tous les individus disons de moins de 50, voire 60 ans, (personnes vulnérables et professionnels de santé exclus sur la base de recommandations et non d’obligations), un déconfinement total, rapide, sans mesures barrières et accompagné d’une incitation forte à des « Corona parties ».

La population des moins de 50 ans, diminuée des professionnels de santé et des personnes vulnérables, représente environ 40 millions d’individus qui, lorsqu’ils sont infectés par le SARS-CoV-2 font, soit une infection asymptomatique dans l’immense majorité des cas, soit une forme bénigne de la COVID-19 (moins de 30 décès dans cette tranche d’âge en France à ce jour, essentiellement des personnes à risque).

Des « Corona parties » ne seraient ni extraordinaires ni révolutionnaires. Dans les années 50, avant la disponibilité d’un vaccin contre la rubéole (1970), ces « parties » consistaient pour les jeunes femmes non immunisées à se regrouper avec des cas contagieux de rubéole pour s’immuniser.  La rubéole, maladie constamment bégnine chez les enfants et les adultes est en effet la cause du grave syndrome de rubéole congénitale lorsque les femmes non-immunes sont infectées durant leur grossesse. Ces « parties » ne seraient pas forcément judicieuses pour d’autres maladies infectieuses, comme la rougeole par exemple qui est une maladie relativement grave pratiquement à tout âge.

Des « Corona parties », sur la base du volontariat (!), accéléreraient significativement le processus naturel d’immunisation de la population et le renouement actif de liens sociaux distendus.

Le Professeur J.F. Delfraissy, « l’homme de la situation » et du confinement maximal, semble gagner en lucidité ce qu’il perd en cohérence. Il s’est récemment étonné « du plus faible nombre de personnes immunisées que prévu » [sic], estimé à 10 ou 15% actuellement » alors que 60% est la valeur consensus nécessaire pour une immunité de groupe protectrice permettant le déconfinement. Il recommande donc de poursuivre le confinement…imparable !

Qu’on le veuille ou non, à défaut d’un vaccin efficace ou de rester éternellement confiné, chacun d’entre nous attrapera le virus tôt ou tard. Un retour précoce, du jour au lendemain, à une vie sociale et professionnelle normale agrémentée, ou pas, de quelques « Corona parties » pour ceux d’entre nous qui ne sont pas à risque de maladie grave, permettrait en quelques semaines d’atteindre 40 millions d’immunisés pour le SARS-CoV-2. Ils protégeraient ainsi indirectement les non immuns. L’atteinte du seuil de 60%, identifié par des études séro-épidémiologiques conduirait à revoir les recommandations concernant les personnes les plus vulnérables. Cela permettrait enfin et surtout, si l’immunité naturellement acquise est solide, ce qui reste à prouver, et en absence de mutation du virus SARS-CoV-2, de régler le problème de façon pérenne et d’allouer les énormes sommes d’argent actuellement dépensées à d’autres priorités.

 Sources

https://www.imperial.ac.uk/media/imperial-college/medicine/mrc-gida/2020-03-16-COVID19-Report-9.pdf; https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0140673620307467

https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/bulletin-national/covid-19-point-epidemiologique-du-9-avril-2020

https://www.immunizationinfo.org/issues/exposure-parties/rubella-parties/

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-10-15-de-la-population-le-taux-de-personnes-immunisees-plus-faible-que-prevu-6803025

Epidémie de COVID-19 : « Place aux Jeunes ! »

Certains conflits d’intérêts sont tellement évidents qu’ils sont parfois difficiles à voir

Combien de morts ? La litanie quotidienne du nombre de décès attribué à la COVID-19 rend mal compte que la maladie est en fait responsable de 10% du nombre des décès qui surviennent habituellement chez les personnes de plus de 65 ans.

  • La France compte 67 millions d’habitants dont 14 millions sont âgés de plus de 65 ans. Chaque année, environ 600 000 personnes décèdent dont 500 000 sont âgées de plus de 65 ans, soit 40 000 en moyenne chaque mois. Depuis début mars 2020, la COVID-19 a entrainé environ 15 000 décès (personnes décédées à domicile exclues) dont plus de 90% sont survenus chez des personnes de plus de 65 ans. Une mortalité de 4 500 décès en moyenne par mois représente ainsi environ 10% des décès attendus dans cette population. Dans le même temps, tout âge confondu, 6 000 décès en moyenne sont attribuables à la seule pollution de l’air, 6 000 au tabac et 3 400 à l’alcool.
  • En imaginant que la mortalité mensuelle de 4 500 décès reste constante et que l’épidémie dure 12 mois, le nombre total de décès attribué à la COVID-19 au bout d’une année serait de l’ordre 50 000 chez les plus de 65 ans, soit environ 2,5 fois moins que les décès par cancer ou par maladies cardiovasculaires. Chez les moins de 65 ans, le nombre de décès serait de l’ordre de 10 000 (10% de la mortalité habituelle), soit le 1/4 des décès par cancers et les 2/3 des décès accidentels. La mortalité chez les moins de 44 ans est pratiquement nulle (< 1/million).
  • Le bilan réel du nombre de décès dû à la COVID-19 ne pourra être établi qu’après la fin de l’épidémie et sur une période de référence. En effet, une fraction importante de la population qui décède actuellement par COVID-19 serait décédée de toutes façons d’une autre cause à court ou moyen terme (cf. plus bas « Qui décède ?). Il s’agit donc de bien distinguer la surmortalité due à la COVID-19, de la mortalité habituelle. En absence de tests systématiques, la mortalité par COVID-19 est de plus difficile à quantifier : elle peut être sous-estimée ou surestimée notamment si une fraction significative des décès de cause inconnue (plus de 50 000 par an chez les plus de 65 ans) est attribuée à tort à la COVID-19.

 

Qui décède ? Des personnes âgées dont la qualité de vie est médiocre et l’espérance de vie limitée

  • Fin 2015, 728 000 personnes fréquentent un établissement d’hébergement pour personnes âgées ou y vivent, soit 10 % des personnes âgées de 75 ans ou plus et un tiers de celles âgées de 90 ans ou plus. Huit sur dix sont accueillies en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Les résidents sont de plus en plus âgés : la moitié a plus de 87 ans et 5 mois, contre 86 ans et 5 mois fin 2011. Les personnes accueillies en 2015 sont plus dépendantes qu’en 2011 : plus de huit sur dix ne sont pas autonomes. Près de 260 000 souffrent d’une maladie neurodégénérative.
  • La durée médiane des séjours se terminant par un décès est 2,6 années lorsque le résident était au domicile avant d’entrer en EHPAD et de 1,1 an lorsqu’il était en unité de court séjour.
  • Parmi les personnes de plus de 65 ans qui décèdent de la COVID-19, 80% ont plus de 75 ans.
  • La COVID-19, « un suicide collectif », déclarait le Pr J.F. Delfraissy, 71 ans, Président du Conseil scientifique COVID-19 auprès du ministère des solidarités et de la santé, sur Europe 1 le 07 avril 2020. Moins d’un décès de personnes âgées ou très âgées pour mille habitants attribués à la COVID-19 sur 12 mois, n’est évidemment par rien, mais cela peut difficilement être considéré comme « un suicide collectif ».

 

Qui gère la crise ? Des politiques, des médecins et des riches, mais surtout des personnes âgées !

Les politiques

  • La moyenne d’âge est de 62 ans pour l’Assemblée nationale et le Sénat.
  • Avec une moyenne d’âge de plus de 60 ans, les sénateurs sont les élus les plus âgés de la République française, et ont douze ans de plus que les députés (48 ans). Cette moyenne d’âge élevée ne diminue pas significativement avec le temps : elle était de 64 ans en 2014, de 66 ans en 2011, de 65 ans en 2008 et de 62 ans en 2004.
  • C’est parmi les élus locaux que l’on retrouve le plus de personnes âgées de plus de 55 ans. D’après Michel Koebel, seuls 4% des maires avaient moins de 40 ans en 2012, tandis qu’ils étaient 42% à avoir plus de 60 ans. Parmi les élus régionaux, 3% avaient moins de 40 ans et 55% plus de 60 ans.
  • L’âge médian des Français est de 40 ans, soit 20 de moins que nos parlementaires.

 

Les médecins

  • L’âge moyen des médecins inscrits à l’ordre est de 57,1 ans.
  • Près d’un médecin sur trois a plus de 60 ans, 47 % des médecins ont 55 ans ou plus (alors que c’est le cas de 18 % des cadres et professions intellectuelles supérieures) et 30 % ont 60 ans ou plus.
  • La limité d’âge des médecins qui accomplissent des vacations dans des établissements publics de santé ou dans des établissements sociaux et médico-sociaux dans le cadre d’un cumul emploi-retraite a été portée à 72 ans jusqu’en 2022. (Atlas démographie médicale en France 2018)
  • Il n’est guère étonnant que les membres de l’Académie Nationale de Médecine, dont l’âge moyen est probablement assez proche de celui d’entrée en EHPAD, soient les plus vindicatifs à vouloir imposer à l’ensemble de la population des mesures coercitives draconiennes.

 

Les riches

La tranche d’âge la plus aisée est celle des 60-69 ans : son revenu mensuel moyen par personne, de 2 276 euros est de 34 % supérieur à celui de la génération des 20-29 ans (1 702 euros par mois en moyenne), selon les données 2013 de l’Insee. L’écart est également significatif (+ 21 %) avec la tranche d’âge des 30-39 ans (1 886 euros). Phénomène nouveau : la baisse du niveau de vie avec l’âge ne se produit plus en moyenne à 60-69 ans, mais à 70-79 ans.

 

Quels coûts sociétaux et économiques de la stratégie de confinement actuelle ?

  • Le 9 avril 2020, les prévisions étaient une perte de 60 milliards d’euros par mois de confinement, une chute de 18 % de la consommation des ménages, un chômage partiel qui pourrait concerner 5,7 millions de salariés.
  • Comme attendu, les conséquences sociétales indirectes lié au confinement de longue durée sont majeures pour ceux qui ne sont pas encore en EHPAD et notamment pour les moins de 65 ans (pertes d’emploi, faillites, suicides, absence de suivi médical correct, stress, divorces, violences familiales, aggravation des inégalités sociales, recrudescence de troubles psychiatriques, etc.) ; il semble par exemple qu’il y ait une réduction de 50% des consultations pour accidents vasculaires cérébrales et infarctus du myocarde, de dépistage de cancers, etc… Cela signifie une prise en charge absente ou retardée de ces malades qui augmente leur risque de décès et de séquelles. Ainsi, la possibilité d’une surmortalité significative chez les moins de 65 ans, sans facteur de risque, due à d’autres causes que la COVID-19 ne peut être exclue.

 

Quelle stratégie pour quels objectifs ?

Au total, la stratégie actuelle du confinement maximal, liberticide et prétexte à l’instauration de pas supplémentaires vers l’autoritarisme entraîne un quasi-arrêt du fonctionnement de la société. La logique d’une stratégie visant à prendre en charge les personnes âgées dont la qualité de vie est médiocre et l’espérance de vie brève au détriment de la population jeune chez laquelle l’infection par le SARS-CoV-2 est soit inapparente soit peu symptomatique est difficile à comprendre, possiblement contre-productive et d’une éthique discutable.

Pourquoi ne pas demander aux personnes malades de rester chez elles ? Ce que chacun d’entre nous faisons habituellement sans qu’on nous le demande. Pourquoi ne pas recommander aux seules personnes âgées et à celles qui ont un facteur de risque de forme sévère de COVID-19 de rester chez elles ? On le demande régulièrement aux enfants et aux sportifs lors des pics de pollution au lieu de gérer la pollution atmosphérique qui est pourtant responsable d’un nombre bien supérieur de décès.

 

Un suicide collectif sociétal, oui, un suicide collectif sanitaire, non

La crise actuelle, initialement sanitaire et d’ampleur modérée est devenue sociétale et majeure, par la grâce d’une gérontocratie, qui en représentant non pas les plus sages d’entre nous mais les plus nombreux et les plus favorisés, cherche naturellement et avant tout à se protéger elle-même.

 

Conclusion : Place aux Jeunes !

 

Sources

https://www.santepubliquefrance.fr/;

https://insee.fr/fr/accueil

https://academic.oup.com/cardiovascres/advance-article/doi/10.1093/cvr/cvaa025/5770885  https://academic.oup.com/eurheartj/article/40/20/1590/5372326

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/publications/etudes-et-resultats/article/728-000-residents-en-etablissements-d-hebergement-pour-personnes-agees-en-2015

https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-de-niveau-de-vie-selon-l-age?id_theme=21

https://www.la-croix.com/Economie/France/Limpact-economique-Covid-19-trois-chiffres-2020-03-30-1201086985

Ce texte de Régis Debray est publié dans la collection “Tracts” de Gallimard, qui fait paraître chaque jour des textes brefs et inédits, pour “trouver les mots justes” en temps de crise. Et ces mots sont si justes… 

Me faisant part de l’angoisse montante de ses patients, notamment les plus âgés, un ami médecin me dit : « L’inflation de la communication, c’est peut-être un progrès, mais cela perturbe les certitudes. » On ne peut mieux résumer l’impression que donne ce tourbillon de propos plus ou moins autorisés qui fait perdre la tête, et le sens des choses. C’est l’inconvénient du numérique, et sans doute un progrès de la démocratie que chacun puisse donner son opinion sur tout, et de préférence sur ce qu’il ne connaît pas. La parole prolifère en même temps que le virus. Elle ne touche que l’esprit, c’est beaucoup moins grave. Avec un bémol : la sournoise montée d’un certain nihilisme, dont je ne suis pas sûr, comme l’ami Finkielkraut, qu’il soit vaincu. Tout peut se dire, et son contraire, sans que rien ne différencie le fondé de l’infondé. Donc tout se vaut et rien ne vaut. Qui croire ? À qui s’en remettre ? Où est la parole d’autorité ?

AUTORITÉ ET BRIÈVETÉ SONT SYNONYMES

Pas vraiment chez les autorités politiques. Ne tirons pas sur le pianiste, il faut bien improviser face à l’imprévisible. Mais les crises générales sont impudiques : elles déshabillent les rois et passent les sociétés aux rayons X, nous en montrant l’esprit. Soit un croissant décalage entre le dire et le faire, source de défiance et de suspicion. Nous sommes en guerre, nous dit-on, mais on cherche le général en chef, celui qui dit beaucoup en très peu de mots. Veni vidi vici. Sans remonter à César, souvenons-nous du Général, qui en quelques phrases, moins de trois minutes, pulvérise un coup d’État en Algérie, et plus tard, le psychodrame chaotique d’un long mois de Mai. Une phrase, un acte. Pas un mot de trop, et chaque mot à sa place. Comme la reine d’Angleterre, quatre minutes. Imperatoria brevitas. Autorité et brièveté sont synonymes. Un historien mettra demain en regard la dilution de la puissance publique, sur un demi-siècle, et le délayage des allocutions officielles. Moins ça peut, plus ça cause.

Les crises générales sont impudiques : elles déshabillent les rois et passent les sociétés aux rayons X, nous en montrant l’esprit

Interrogé avant de mourir sur ce qu’il considérait comme « la caractéristique de notre temps », Malraux répondit sèchement : « L’absence de décision ». D’où sortent la demi-mesure militaire et le compromis parlementaire : un demi-soldat dans un demi-char et un allez voter et restez chez vous. On sait comment l’État en France, quand il a choisi de se suicider pour, dit-il, se moderniser, a inventé toutes sortes d’organes de défausse au titre plus ou moins pompeux – Comités, Hauts-conseils, Observatoires, Forums, Conventions, etc. – et dix autres « autorités administratives indépendantes ». Ces inlassables fournisseurs de rapports pour rien ont pour la plupart l’utilité du figurant sur scène, quand l’acteur n’y est plus. L’ancien État-nation en panne de volonté et de substance a cru bon d’ajouter à la panoplie de ses abdications cette machine à ne pas prendre de décision qu’on appelle – un oxymore ? – l’Union européenne. Bulle à blabla et tiroir-caisse. La valise bruxelloise à double fond engage à sortir de l’histoire par la petite porte, non d’y rentrer par la grande. Les occasions d’essayer n’ont pourtant pas manqué. Celle-ci aurait pu, mais ne sera pas l’une d’elles.

LES CONSULTANTS ET EXPERTS

Remarquée a été la présence ostentatoire, sur les plateaux, à côté de nos gouvernants, de consultants et d’experts. Ils se font escorter par un, ou même deux Conseils scientifiques, créés pour l’occasion, au nom desquels ils se prononcent. C’est pas nous, c’est Monsieur le professeur. Certains ont vu là une atteinte aux prérogatives de l’Exécutif. Je n’en suis pas si sûr. Le Pouvoir exécutif n’apparaît jamais seul en scène. Il a derrière lui, ou plutôt au-dessus, une transcendance en pointillé. Elle a changé de nature depuis Saint-Paul qui disait, en bon connaisseur de l’autorité : « Omnis potestas a Deo »Tout pouvoir procède d’un grand Autre. Chaque époque le sien.

L’art meurtrier du blabla est aussi celui de ne pas répondre aux questions, mais très abondamment

Le Chef l’est par délégation d’un surplomb, projection d’une verticale ici-bas. Le véritable commandant ne parle pas en son nom propre, car c’est toujours et partout un lieutenant – de Dieu, du Prolétariat, de la République ou de la France. Cette sujétion à plus grand que soi fait sa force. Saint-Louis, Lénine, Clémenceau ou De Gaulle étaient d’autant plus écoutés qu’ils servaient de truchement à une valeur suprême. Quand on ne peut incarner cette transcendance – parce que l’ordinaire des temps ne s’y prête pas – force est de la mettre au dehors, à côté de soi, puisqu’elle n’est plus en dedans. En l’occurrence, la Science, arbitre suprême et sans réplique. Le problème est que la science médicale est par nature sujette à controverses, suppositions et incertitudes, en quoi justement elle est une science. C’est l’inconvénient d’avoir pour alibi une science expérimentale. Contrairement aux absolus d’antan, qui étaient des objets de foi, incontestables à ce titre, elle s’atteste dans et par le relatif. Avec un savoir heureusement et désespérément empirique, le pilier devient béquille. On chancelle.

“FAIRE EN SORTE QUE”

Conséquence : plus de lest dans le discours. La communication, dont vit la classe politique qui s’imagine pouvoir survivre par elle à son discrédit, a tué le politique et ruiné sa crédibilité. L’art meurtrier du blabla est aussi celui de ne pas répondre aux questions, mais très abondamment. Parmi ces « éléments de langage », il en est un qui frappe par son omniprésence : le viral « faire en sorte que » du politicien (en moyenne, trois ou quatre fois par minute). Ce n’est plus un tic mais un aveu. Puisque dire n’est plus faire, et que la parole n’est plus un acte, on annonce ce qu’on devra faire mais plus tard, sans préciser quand ni qui. Plutôt un souhait qu’un engagement. On aimerait bien que. On procrastine sur un coup de menton. Les avantages de la résolution sans les inconvénients. L’affiche sans la chose. C’est la ritournelle magique du désarroi – le stigmate rhétorique d’un temps malheureux qu’on espère bien provisoire, mais il en est tant d’autres qu’éprouvent soignants et malades dans leur chair, qu’on a presque honte de devoir évoquer celui-là, fut-ce en peu de mots.

Mille excuses.

« J’ai perdu ma grand-mère mercredi du Covid19, et dans un epadh » me dit ma gentille voisine du 7 de la rue. « Zut. Désolée pour toi… Comment tu vas ? » « Le plus triste c’est de savoir qu’elle est partie seule… qu’on ne pourra pas lui choisir sa robe et qu’on ne pourra pas lui mettre des fleurs… parce que les fleuristes sont fermés. »

« Les fleuristes, oui. Mais pas nos jardins ! Passe on va trouver des trucs… »

Entre temps je croise le voisin du 9 et je lui dis la triste nouvelle, et qu’on va couper des fleurs dans le jardin pour la mamie de G. en gardant nos distances.

« Si tu veux j’ai du Bolduc violet pour les gerbes… et les papiers cello qui va bien. Je te les pose devant ta porte ce soir. Fais lui une bise distancielle ! »

Alors ce matin, je croise le maraîcher en bas… et je lui demande si je peux entrer sur son terrain pour du lilas pour la mamie de G. qui est enterrée aujourd’hui « Oh, oui bien sûr, prenez tout ce que vous voulez… et venez là, j’ai du lilas de deux couleurs… oh, mais c’est une saloperie ce « conarovirus » !!! » Je ne sais pas s’il l’a fait exprès mais j’ai souri.

Et puis j’ai coupé du lilas rose, du lilas violet. Dans mon jardin, quelques branches de cerisier japonais. Deux feuilles de palmier. G. est montée pour couper des fleurs d’oranger et du forsythias jaune !

On a récupéré le bolduc.

Ils sont jolis les bouquets.

Les fleuristes sont fermés.

Mais pas nos jardins.

Encore moins nos cœurs dans cette rue.

Il était une fois une grippette… un truc lointain, sur un autre continent bien loin de nous…. Où été comme hiver les autochtones portent des masques. Un médecin, « I am a poor lonesome doctor » essaye de prévenir que quelque chose part en cacahuètes… des hommes, des femmes, meurent. « Tais toi, tu vas porter la poisse… », « ce type veut se faire mousser… » ou « il est contre nous et veut alimenter un je ne sais quoi d’hostile. » Ce truc qui part en cacahuètes, finalement on en parle un peu en Europe. Mais cela reste un truc lointain, qui touche ceux qui mangent des chats, des chiens à Yulin, ou des pangolins… Alors, si nous les regardons d’un œil dédaigneux, et si nous leur octroyons quelques minutes dans des journaux, nous ne prenons pas la mesure de ce qui se prépare. Et le Poor Lonesome Doctor… meurt. Le Dr Li Wenliang. Et bien, nous voilà dans la classique phase 1 de la crise. La sous-estimation des signaux faibles.

Normalement, nous en sortons quand on change la place du i. De signaux faibles, nous passons à signaux fiables ! Février, jusqu’au 15 mars. Oui, il y a des morts, mais que des personnes âgées, oui on évite les grands rassemblements, mais on peut quand même voter. C’est la phase 2 : l’alerte. On se rend compte qu’on prend un peu de retard, mais quelque chose nous empêche d’accélérer et de gérer vraiment la situation. La peur de trop en faire, de passer pour un psychotique… etc. Une femme a su faire face à cette phase 2, mais c’est aujourd’hui que nous lui rendons hommage et qu’elle a la victoire discrète : Roselyne Bachelot qui lors de la crise du H1N1, a vu venir les fameux signaux fiables et a commandé les vaccins… Mais la chance était (ou pas c’était une question de point vue !) avec elle : c’est le meilleur des scenario qui s’est produit : il fallait 1 dose de vaccin et le virus s’est atténué !!! Mais si… si, si comme aujourd’hui le virus ne s’était pas atténué : elle aurait été la reine de la gestion des crises. Elle a été conspuée ! Aujourd’hui, en regardant la gestion de la crise par nos dirigeants, nous ne pouvons que constater retard, incongruence, incohérence etc. Et Roselyne, merci. Enfin, tout le monde s’accorde à dire que vous aviez pris les bonnes mesures !!!

La phase 3, c’est le point de ponctuation de la crise. 17 mars : confinement. Avec, oui on confine, mais on fait du sport et avec toutes les dérogations… Colère, panique, virées punitives dans les grandes surfaces. Elle dure 3 à 7 jours… on a vu des trucs fous : des gens se battre en France pour du PQ et des Lustucru !!! Et les médias H24… no comment !

La phase 4 est celle que nous vivons en ce moment. La routine d’un confinement durable… Normalement nous devrions nous installer dans ce confinement, avoir trouvé nos marques et organisé travail, famille. En reconnaissant que c’est très compliqué pour les familles dans des espaces restreints, les familles dysfonctionnelles, etc. Mais cette phase, nous y sommes. Ce qui rend ce moment compliqué est l’ensemble des messages contradictoires reçus. 27 mars : reconduction du confinement jusqu’au 15 avril. Mais on peut courir, mais plus en couple, marcher mais ne pas faire de vélo… sortir son chien… et le 3 avril : Prise de parole du 1er ministre pour expliquer les potentielles modalités du déconfinement ! Comment voulez-vous qu’on reste mobilisés sur le confinement, quand direct on nous dit comment on va en sortir ! Et ce soir, 7 avril j’hallucine en écoutant les infos : La Maire de Paris interdit le jogging de 10h00 à 19h00… et dans la foulée (oui oui !!!), idem dans les Yvelines. Ah ça c’est cool, comme ça : On va aller courir en même temps que les copains : avant 10h00 ou après 19h00, et au moment où ceux qui bossent partent au travail où en reviennent !!! Mais on est sur la tête !!! Soit on veut laisser courir (ce qui est débile !!! Et c’est une marathonienne bigorexique qui vous écrit !!!) et alors on impose des créneaux avec contrôle en ligne : je dois m’enregistrer pour courir et un algorythme me dit si dans mon quartier c’est jouable. En gros je réserve mon créneau de course en fonction de mon quartier… soit on interdit la course !!! Et ne me dites pas que ce n’est pas possible, puisqu’on est en train d’envisager de géolocaliser les personnes atteintes pour tracer les contacts ! Mais dire aux gens : restez chez vous, mais si vous voulez courir allez-y (tous ensemble mais avec un mètre de distance !!!) avant 10h00 ou après 19h00 !!! Pfff… pas de mots ! Et bien moi je suis contente d’avoir fait mon jogging cet après-midi à 16h00 !

Au-delà de ces décisions débiles, la difficulté de cette phase 4 est l’INCONNU de sa durée. Et là j’adresse un message aux chefs d’entreprises et managers. Vous avez organisé le travail, distribué les PC portables, géré le chômage partiel. Vous entrez dans le moment du lien. Que veulent vos équipes, collaborateurs ? Comment entretenir le sentiment d’appartenance… Comment faire face au fait que certains vous livrent leur intimité malgré eux : look du bureau ou de la chambre, famille, compagne ou compagnon… Comment accueillir votre intimité dans ce télétravail ? Le gamin qui arrive dans la ZOOM CONF, mon Jimmy chien qui course le chat du voisin, la vision que vous avez de mon UPIL (Unité de Production d’Idées Lucratives, donc mon bureau avec mon flamand rose qui clignote dans un coin !!!)  Comment prendre soin de ce lien sans intrusion dans la vie privée, comment donner du sens dans l’incertitude, comment maintenir l’esprit d’équipe sans la communication spontanée à différencier de la communication informelle. La communication spontanée c’est le collègue croisé dans le couloir à qui on dit le bon mot, à qui on donne une info… là nous prévoyons les Conf Call… la spontanéité se perd évidemment ! Et avez-vous prévu les mauvaises nouvelles… un collègue malade, ou pire… qui ne reviendra pas… comment le savoir, comment l’annoncer… comment gérer la suite ? Et quelle suite ? Voilà la phase dans laquelle nous sommes. La phase durable de l’incertitude et de la routine… de l’espoir et du doute. C’est le moment de maintenir, entretenir le lien, la confiance. Ne lâchez pas vos équipes, vos sous -traitants (Private message aux cabinets de formation pour lesquels j’interviens !)… parlez-leur. Et d’autres chose que de boulot, légal, slides… Parlez projets, mobilisez les synergies, créez des groupes de paroles, des groupes créatifs. Faites de cette période une aventure collective et non une punition collective. Pariez sur vos hommes et femmes… au lieu de parier sur l’argent que vous économiserez. Posez-vous la question… quel est le but ? Ou aller ensemble ?

La phase 5 sera le retour progressif… on ne sait pas quand, pas comment… avec qui ? Il faudra le préparer. Anticiper le retour erratique, des effets rebonds, des motivations et démotivations. Ce sera aussi une phase durable…

La phase 6 : un quotidien… surement différent de celui que nous connaissions en (20)19 sans Covid. Il y aura les anniversaires et les effets rebonds… On en parlera.

Voilà un « vous êtes ici… » au 7 avril. C’était un peu un billet d’humeur vous l’aurez compris… mettez votre réveil si vous voulez courir… et surtout pensez à encourager tous ceux que vous croiserez ! Ils seront sans doute plus nombreux qu’hier… mais pensez à garder un mètre de distance.

 

 

Depuis des mois, ils notent dans des carnets : heure de sortie, durée, nature (fartleck, fractionné, sortie longue…) , D+, D-, Météo… avec le souci du détail…

Depuis des mois, ils enregistrent les sensations, les doutes « me sens bien », ou « sortie pourrie » « suis largué, à la rue… » et toutes les variantes !!!  « Vais pas y arriver… »

Depuis des mois, ils se lèvent tôt le dimanche, au grand dam des grasse mat’ sensuelles !

Depuis des mois, certains extrémistes font suer leur moitié et la tribu familiale sur le thème « ah non ce soir pas de viande… J’aimerais bien manger des pâtes plutôt, demain j’ai sortie longue… »

Depuis des mois, ils rentraient le dimanche midi en grognant : « Purée, j’avais pas de jambes, c’est dingue !!! »

Depuis des mois, ils tentaient d’intéresser leur moitié et racontaient cet entrainement pourri du matin. Et la moitié se disait « quand je pense qu’on a mangé 5 fois des pâtes cette semaine !!! »

Depuis des mois… ils avaient ce 5 avril dans la tête. Partout dans le monde, ils avaient ce 5 avril dans la tête.

Certains avaient mis des sous de côté depuis longtemps, d’autres misaient sur ce marathon pour franchir 30 ans, 40 ans, 50 ans, 60 ans ou 70 ans comme Philippe que j’ai accompagné il y a quelques années. Certains misaient sur ce marathon juste pour se dépasser…

Tous ces marathoniens qui rêvaient de Paris, du Marathon de Paris.  Cette mythique course : le Marathon, dans la plus belle ville du monde.

Ce soir, 50 000 hommes et femmes sont frustrés.

Et tous ces hommes et ces femmes ont passé le marathon… chez eux.

Et en restant chez eux, ils participent à l’effort collectif. Ils ne luttent pas contre eux, contre la montre, mais contre un ennemi bien plus pervers : invisible il est partout, invisible il nous talonne, invisible il est plus fort que nous… soyons humbles, soyons forts en restant chez nous.

Alors ce soir, à ces 50 000 héros, j’adresse le texte écrit après un de mes 13 « Paris ».

MARATHONIEN

 

  • Coureurs en grappes ou en hordes
  • Ces mondes roulent la Concorde
  • La file est indienne à la Bastille
  • Passent les hommes et les filles

 

  • La houle du bois de Vincennes
  • La foule sur les bords de Seine
  • Plus d’hommes, plus de femmes
  • Des corps et des bleus à l’âme

 

  • Des bleus aux corps en route
  • Au corps à corps avec le doute
  • Ce ne sont plus des femmes à Boulogne
  • Mais des coeurs qui bastonnent

 

  • Ce ne sont plus des hommes dans ce bois
  • Qui progressent pas à pas
  • De ce balancement docile et mesuré
  • Pour certains malhabile et apeuré

 

  • Ce ne sont plus ni hommes ni femmes
  • Ils n’ont plus d’états d’âme
  • Ils n’ont plus qu’une certitude
  • Ne veulent plus que la solitude

 

  • De cette 42è ligne
  • Un seul aura de l’or digne
  • Mais tous ont un trésor
  • Car tous sont errants

 

  • Et 42195 mêtres plus loin gagnants

 

  • Chaque homme à son heure
  • Devient son propre vainqueur
  • Homme sans podium
  • Bonheur de ce pensum

 

  • Ton nom est dans l’histoire
  • Bien plus loin que la gloire
  • Ce bonheur t’appartient
  • D’être à jamais marathonien

 

  • Anonyme.